Par le Psychologue Ariel SIMONY, Ecrit le 21.03.2017

D’après Winnicott, être une bonne maman c’est savoir être une mère équilibrée et équilibrante pour son enfant. Il utilise le terme anglais « to be a good enough mother » qui veut dire « être une mère suffisamment bonne » ; « suffisamment » qui veut dire ici « ni trop, ni pas assez ». Dans un contexte où le rôle de la femme devient de plus en plus « semblable » à celui de l’homme, la question de la « bonne maman » se pose, non pas en tant que confiture mais par rapport à un rôle polyvalent qui laisse de moins en moins de place à « la mère au foyer ». De plus en plus de femmes travaillent et s’émancipent au-delà du toit familial. Nombreuses vont jusqu’à mettre leur bébé au gan ou mishpahtone pour travailler. D’autres vont continuer à se consacrer 24h/24 à leur enfants.

Qu’est-ce qu’une bonne maman ? Une maman est-elle suffisamment bonne si elle se dévoue exclusivement à son enfant ? Une mère qui irait travailler ou qui s’occuperait d’elle-même serait-elle une mauvaise mère ?

Pour répondre à ces questions, nous préciserons tout d’abord ce qu’est une mère. Une mère c’est une femme qui élève un enfant jusqu’à son autonomie complète. Elle peut être une mère biologique, adoptive ou une « belle-mère ». Une mère biologique peut ne pas être la mère parentale et inversement. Parmi les mères parentales, il se distingue également « la mère juive », définie comme particulièrement fusionnelle avec son enfant.  Cela conduit à définir une mère au-delà de sa relation biologique à l’enfant. Une mère, c’est donc aussi bien un rôle qu’un statut. Une femme peut avoir le statut de mère au sens biologique sans pour autant remplir son rôle parental. Qu’est ce qui permet donc de bien remplir son rôle parental : qu’est-ce qu’une bonne maman ?

Une bonne maman apparait être celle qui va répondre au développement optimal de l’enfant.
Vygotsky, un célèbre psychologue pour enfant, nous parle de «  zone proximale de développement » qui signifie « avoir la juste proximité avec un enfant pour qu’il puisse se développer normalement » : au début, lorsqu’un enfant vient de naitre, la proximité de la maman est la plus forte. La relation est physiologique. Petit à petit, la proximité se réduit pour permettre à l’enfant de gagner en autonomie. Si donc une mère est trop proche de son enfant, elle risque de freiner son développement et cela peut créer une dépendant affective altérant sa relation à l’autre, un blocage intellectuel limitant son raisonnement ou en une réduction de ses capacités d’agir ralentissant son développement personnel et autonomie. A l’inverse, si une mère est trop distante avec son enfant ; cela risque de provoquer des peurs, un sentiment d’abandon mais aussi un manque de confiance en soi. Il y a donc tout intérêt à trouver le juste milieu pour ne pas perturber le développement de l’enfant. Cela dit, comment trouver ce juste milieu ? Faut-il se dévouer exclusivement à son enfant pour y parvenir ?

Comme le rapporte le témoignage d’une  maman, «  une bonne maman, c’est d’abord une femme épanouie. Epanouie conjugalement, professionnellement et individuellement ». En effet, pour être une bonne maman, il est important de sentir bien dans son corps et dans sa tête. Autrement cela risque de se répercuter consciemment ou inconsciemment sur son enfant. Une mère est une femme qui a besoin de prendre soin d’elle pour bien pouvoir prendre soin de son enfant. Si elle trop fatiguée, frustrée ou stressée, elle aura du mal à répondre aux besoins de son enfant. Conséquences, elle manquera à son rôle de mère  mais aussi d’épouse et de femme. Elle a donc intérêt à prendre suffisamment soin d’elle pour prendre soin «  au mieux »  de ses enfants. Le papa joue un rôle capital dans ce contexte. Il doit être présent à chaque étape du développement de l’enfant, compléter l’éducation et se relayer avec la maman. Chaque parent dispose d’un rôle spécifique pour le bon développent de l’enfant même si certain sont échangeables.

Une bonne maman est-elle donc celle qui n’hésite pas à faire garder son enfant pour son propre bien-être ?

Là aussi il y aurait une limite à poser dans la mesure où  l’enfant reste prioritaire quel que soit la situation. Une maman a besoin de s’épanouir. Cela dit, un enfant a encore plus besoin de se développer. La présence parentale au niveau psychologique est fondamentale pour un enfant. Même s il n’a pas concrètement besoin de son parent, il doit sentir que son parent sera toujours disponible pour lui. Sinon, il risque de développer une peur de l’abandon et d’autres symptômes associés. Une mère peut donc faire garder son enfant sous réserve  qu’il ne se sente pas abandonné. Attention également au transfert de culpabilité pouvant s’effectuer lorsqu’on fait garder son enfant.

En conclusion, être une bonne mère n’est pas simple dans la mesure où l’instinct maternel ne suffit pas pour répondre aux besoins affectifs et éducatifs de l‘enfant. Etre une femme épanouie s’avère nécessaire de nos jours pour être une bonne mère, surtout en Israël où le rôle de maman est particulièrement valorisé.  Considérant qu’une mère donne plus d’énergie qu’elle n’en reçoit, elle a donc besoin de se ressourcer pour pouvoir être une source pour ses enfants. Cette ressource peut se faire au travers d’un épanouissement individuel, professionnel ou conjugal. La plus important c’est d’avoir un équilibre entre son rôle de mère, celui de femme et celui d’épouse. Cela favorise le bon développement de ses enfants, de son couple et sa relation a son environnement. En cette période de pessah, je souhaite à toutes les futures mamans une bonne délivrance et à celles qui le sont déjà d’être des mamans libres et fières.