Par le Psychologue Ariel SIMONY

Dans une société où le virtuel occupe une place prépondérante au travers d’ordinateurs, smartphones, iPad, télévision, la question se pose de savoir s’il est bon pour un enfant de passer du temps devant un écran. Des études menées montrent que les effets du temps passé devant un écran varient suivant l’âge, la durée, la fréquence,  le contenu, les circonstances et la présence d’un parent. De façon générale, il est considéré « problématique » de mettre un enfant devant un écran ou de laisser un adolescent jouer aux jeux vidéo ou regarder la télévision sans limite de temps. Pourquoi l’écran est si nocif ? En quoi est-ce bon de laisser son enfant devant un écran ? Quelles sont les recommandations face au virtuel pour le bon développement d’un enfant ou d’un adolescent ?

Beaucoup de parents laissent leurs enfants devant un écran dès le plus jeune âge. On recenserait d’ailleurs près d’un parent sur 2  qui prête son portable à l’enfant de moins de 3 ans. Plusieurs études ont montré que le temps passé devant un écran pour un enfant, pouvait ralentir voir troubler son développement psychologique, physique, relationnel et scolaire. Il pourrait même mettre être la cause d’un décrochage scolaire ou d’un isolement de l’enfant. Ces conséquences sont dues au fait que l’enfant développe une passivité face aux écrans le conduisant à diminuer ses efforts de compréhension, d’écoute, de mémoire, d’attention, de concentration et d’interaction avec la réalité. L’écran offre une série d’images « toutes faîtes » qui attirent l’œil et poussent l’enfant à regarder sans utiliser sa réflexion.

Même les jeux ou les réseaux sociaux virtuels seraient nocifs dans la mesure où ils simplifient la réalité. Ils font croire que la réussite d’une interaction avec une personne ou un environnement dépend seulement d’un écran. Dans le cadre des jeux, l’enfant est placé en tant qu’acteur et a l’impression d’avoir une grande capacité de résolution de problème alors qu’il est peut être victime d’un jeu d’argent. C’est par exemple le cas du jeu Clash Royal auxquels beaucoup d’enfants sont accros et capables de se mettre en colère s’ils perdent ; dans la mesure où ce jeu demande d’acheter un certain nombre d’icônes « virtuelles » pour pouvoir gagner ; ceux qui n’achètent pas sont donc ceux qui perdent le plus souvent. Pourtant les enfants ont l‘impression que la réussite dans ce jeu ne dépend que d’eux ; ce qui le mets dans un sentiment d’impuissance généralement suivi de colère.

Cela dit, il reste bon de mettre un enfant face aux écrans lorsque le contenu est éducatif ou ludique. En France, l’Académie française des sciences croit que la tablette devrait être considérée comme un objet d’exploration et d’apprentissage, même pour un tout-petit de moins de 2 ans, à condition de s’amuser avec des jeux de qualité d’être accompagné d’un adulte ou d’un frère ou une sœur plus âgé. Elle suggère d’initier tôt les enfants à une utilisation modérée des écrans, mais déconseille toutefois l’exposition des bébés à la télévision, jugée trop passive. La tablette permettrait aussi de diversifier les sources de stimulation du jeune enfant. Chez les enfants de 2 à 6 ans, elle peut les initier aux nombres et à la lecture tout en éveillant et en exerçant leur capacité d’attention visuelle. De plus, l’aspect interactif des jeux sur la tablette peut exercer leur sens de l’observation, leur créativité, leur mémoire et leur capacité à résoudre des problèmes. La tablette ne doit toutefois pas remplacer les jouets traditionnels (ex. : cubes en bois, casse-tête, poupées, petites voitures) ni les interactions avec les adultes et les autres enfants. De plus, elle doit aussi être utilisée en compagnie d’un adulte et pendant une période de temps limité.

Pour le bon développement d’un enfant, il serait recommandé de ne pas exposer un enfant aux écrans avant 2 ans si ce n’est sur un temps très court (10 mn tout au plus).

  • L’enfant a d’abord besoin de mettre en place ses repères spatiaux, puis temporels. Les premiers se construisent à travers toutes les interactions avec l’environnement qui implique ses sens, et les seconds à travers les histoires qu’on lui raconte et les livres qu’il feuillette. Evitez la télévision et les DVD dont les effets négatifs sont démontrés. Les tablettes tactiles peuvent être utilisées au même titre que tous les jouets traditionnels, mais dans un accompagnement ludique.
  • A partir de 2 ans, Il est nécessaire de fixer une durée et des horaires aux écrans.  Jusqu’à 6 ans, 30 mn par jour au maximum est recommandée. Entre 6 et 12 ans, 1h et à partir de 12 ans, 2h comprenant portable, télévision, jeux et réseaux virtuels.   Il est important de respecter les âges indiqués pour les programmes et de filtrer le contenu des vidéos ; notamment sur YOUTUBE ou il y a des vidéos « à priori pour les enfants » mais qui peuvent avoir un contenu violent voir traumatisant pour les enfants. Le mieux est mettre YouTube kids qui est seulement dédié aux enfants et qui proposent des contenus par âge.
  • Pour les adolescents, mieux vaut opter pour des jeux vidéo que l’on joue à plusieurs à ceux que l’on joue seul. Evitez de lui laisser une connexion nocturne illimitée depuis sa chambre. Discutez avec lui du téléchargement, des plagiats, de la pornographie et du harcèlement.

Pour conclure, mettre l’enfant devant un écran est bon dans une certaine mesure. L’exposition n’est pas sans risques. Il faut donc agir dès le plus jeune âge pour éviter une addiction et les conséquences nocives que cela peut avoir. Si votre enfant est déjà pris par les écrans, il faudra lui parler pour lui expliquer, réduire progressivement en remplaçant par d’autres activités.  Il faudra aussi monter l’exemple. Aidons-les à prendre le temps de bien choisir leurs mots quand ils parlent, encourageons-les à pratiquer le théâtre, la musique ou toute activité qui demande de longs temps d’apprentissage et entraîne leur mémoire. Fixons par « contrat » des limites horaires et un temps de consultation adapté à leur âge. Jouer avec eux est aussi un bon moyen d’entamer le dialogue. En cas de grande difficulté, il reste toujours possible de consulter un psychologue pour aider votre enfant à se détacher de ce support et trouver un équilibre naturel.